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 La Roue Tourne

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FredV

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MessageSujet: La Roue Tourne   Lun 28 Juil - 17:59

Quinze heures de trajet ! Je suis crevé, vidé. Content de rentrer à la maison, mais il va me falloir un peu de temps pour récupérer. Oui, je sais, c'est un peu idiot de dire que j'ai besoin de me reposer après trois semaines de vacances, mais c'est comme ça. Déjà physiquement, mais surtout à cause de la trouille que j'ai eue. Saloperie de bestiole.
* * *
J'ai passé deux semaines en Tanzanie. L'idée m'est venue chez un pote, pendant une soirée jeux de société. Il nous a proposé Serengeti, un jeu bien sympa avec des illustrations magnifiques. La discussion s'est tournée pendant un bout de temps sur l'art africain, puis sur l'Afrique elle-même. Jacques ne connaissait pas, Laurence et Sophie non plus. Alex, en revanche, nous a raconté un safari-photo qu'il a fait au Kenya il y a sept ou huit ans. Plus il en parlait, plus je me demandais pourquoi j'ai toujours passé mes vacances au bord de la Méditerranée, alors qu'il y a tant de merveilles à découvrir.  Le résultat était prévisible : dès le lendemain, une visite en agence de voyages m'a procuré cinq billets d'avion (oui, cinq, tout regrouper aurait été trop facile), une réservation d'hébergement, une location de voiture, une liste de vaccins à faire et trois kilos de tracts touristiques. J'oublie l'essentiel : pour compenser, ça m'a allégé d'un peu plus de trois mille euros. Youpi.
L'aller se fit en plusieurs étapes. De Paris à Amsterdam, puis d'Amsterdam à Kilimandjaro et enfin, un peu de tape-cul jusqu'au Serengeti. En sortant de l'aéroport, la chaleur écrasante me prit d'assaut, brûlant mes yeux et mes poumons, vidant presque instantanément les quelques litres d'eau que j'avais dans le corps. C'est tout étourdi que je pus récupérer ma voiture, une Range-Rover un peu ancienne mais en état impeccable. Quelques heures de piste plus loin, mon hôtel offrait une vue magnifique sur la savane. Je pris quelques photos avant de me présenter à l'accueil et de recevoir la clef de ma chambre. Pourtant tenté par la douche, je commençai par une heure de sieste, alors que je n'avais voulu que m'allonger quelques secondes. La journée se termina par une longue balade autour des divers bâtiments du lodge, en faisant attention au animaux, puis un bon repas et au lit. Pour finir par trois heures de lecture, vu que je n'arrivais pas à m'endormir à cause de ma sieste.
Les jours suivants, je suivis une à une sur quelque distance toutes les pistes qui partaient de l'hôtel. Au programme, me remplir à la fois les mirettes et la carte SD de mon appareil photo. Je pris plusieurs centaines de clichés, que je transférai au fur et à mesure sur mon PC. Des milliers de gnous, zèbres, gazelles, girafes, lions, hyènes et autres animaux furent ainsi immortalisés, avec comme objectif de réaliser un grand album et peut-être un reportage photo que je proposerai à des magasines. Autant essayer de rentabiliser le voyage. Tout mon séjour fut un véritable enchantement, jusqu'à l'avant-dernier jour.
Alors que je contournais un petit bosquet près d'une grosse mare, une lionne déboula devant ma voiture. J'eus le réflexe de braquer à temps, mais je ne pus m'empêcher de freiner, ce qui entraîna un dérapage. Il ne me fallut que quelques mètres pour stabiliser, mais je ne pus éviter les deux lionceaux juste devant moi. Ma Rover eut un cahot et j'entendis un cri rauque. Une fois le véhicule maîtrisé, je regardai en arrière, espérant avoir mal entendu. Je vis un petit corps sanguinolent couché sous mes traces, mais surtout une lionne furieuse qui courait vers moi. J'enclenchai la première et démarrai, puis j'accélérai autant que la voiture me le permit. Je crus pendant quelques instants que le fauve allait me rattraper, mais je finis par gagner du terrain puis m'éloigner tandis qu'elle se faisait de plus en plus petite dans le rétroviseur.
Le soir, de retour à l'hôtel, je compulsai les informations que j'avais sur les lions. Cette andouille de bestiole était censée chasser à la tombée de la nuit et pioncer toute la journée, elle n'aurait pas dû se trouver là à ce moment. Une recherche sur Internet me confirma l'anomalie : la lionne n'avait rien à faire sur la piste et surtout, son lionceau n'était pas censé se jeter sous mes roues. À force de ruminer et de tourner et retourner l'incident dans ma tête, je finis par me convaincre que je n'étais pas en tort. J'avais suivi les consignes, je roulais à allure raisonnable et je n'avais rien bu. Lui, en revanche, aurait mieux fait de profiter de sa sieste. Crétin.

La nuit fut pénible. Il faisait très chaud, beaucoup plus que d'habitude. Mon corps brûlait pendant qu'une sueur glacée s'écoulait de mes pores et me recouvrait. Je me réveillai plusieurs fois, en proie à des crises d'angoisse. Pendant mes périodes de sommeil, je revis la scène. La lionne qui apparaît, mon embardée, le choc du lionceau sous mes roues. À chaque fois j'essayais de réagir autrement, sans succès. J'étais à la fois acteur et spectateur, mais impuissant devant les événements.
Au petit matin, après avoir tué la pauvre bête une dizaine de fois, j'avalai mon petit-déjeuner sans grande faim. Le temps ensuite d'empaqueter mes affaires et je repris une dernière fois la route, en direction de l'aéroport. Contrairement aux autres jours, je croisai plusieurs félins. Nullement agressifs, ils se tenaient au bord de la piste et me regardaient passer. Lionnes et lions, bien sûr, mais aussi des hyènes et des guépards. Je crois même avoir aperçu deux ou trois léopards, alors que ce sont des animaux très discrets. Tous se tenaient droit, dans un grand calme, les yeux fixés sur moi. Au début je trouvai ça surprenant, puis très vite ça devint inquiétant. Leur regard me transperçait comme des couteaux et la réprobation que se sentais m'écrasait et me tassait au fond de mon siège.
Une fois la voiture rendue, j'eus à nouveau le temps de ruminer, pendant les deux heures qui me séparaient de l'embarquement. Peu formelles, les opérations se déroulèrent très vite et je pus monter dans un petit bimoteur. À côté de moi s'assit une dame habillée à l'occidentale. Son t shirt était à l'effigie d'un grand félin qui se mit à me fixer quand elle s'endormit tournée vers moi. Heureusement, le trajet jusqu'à l'aéroport de Dar es Salam n'était qu'un saut de puce. La dame partit de son côté pendant que je me mis en quête du point d'embarquement pour Paris. Coup de chance, je n'avais pas à passer par Amsterdam pour le retour.
Dans l'avion, j'étais assis côté couloir, avec deux gamins dont les parents étaient à la rangée derrière. Dès que nous pûmes bouger, le mouflet à côté de moi sortit un cahier de coloriage et des crayons. Pendant près de deux heures, il resta attelé à sa tâche, égayant de ses couleurs les animaux présentés dans son bouquin. Puis il ferma son livre et s'enfonça dans son fauteuil, les yeux dans le vague, à deux doigts de l'endormissement. Sur la couverture de son livret, un lion me fixait. Le gamin n'y a pas retouché du voyage et j'ai senti ce lourd regard à chaque instant. Même quand je suis allé aux toilettes, ce grand visage léonin était en filigrane devant tout ce que je voyais. Et pendant le moment où j'ai essayé de dormir, seul ce faciès impavide emplissait mon esprit.
* * *
Tout ça a duré quinze interminables heures ! Mais maintenant ça y est, nous sommes arrivés. Petite crispation au moment de se poser, puis décompression pendant que l'avion roule et vient s'arrêter. Dès que c'est permis, je me lève, je prends ma sacoche et je me dirige vers la sortie. Il me faut une bonne demi-heure pour arriver dans l'aéroport lui-même et récupérer ma valise. En me dirigeant vers la sortie, je tombe nez à nez avec un lion ! Le zoo de Vincennes a rouvert depuis quelque temps et le fait savoir, il y a des affiches un peu partout aux alentours de la sortie. C'est sous le regard de plusieurs félins que je sors et me dirige vers la file d'attente devant les taxis. Comme d'habitude je n'ai pas été assez rapide et il y a déjà une bonne dizaine de personnes.
Une heure plus tard, je suis enfin chez moi. Il fait meilleur que ce à quoi je m'attendais. Revenant d'Afrique, je pensais avoir froid, mais en réalité ça va, c'est supportable. J'enlève tout de même mon t shirt et je le remplace par une chemise à manches longues, mais c'est plus par précaution que par réel besoin. Je laisse la valise dans un coin, je rangerai ça cet après-midi ou demain. Encore quelques jours avant de reprendre le boulot, donc rien ne presse. Il est encore tôt, je vais me promener un peu, ça me replongera dans l'ambiance parisienne.

Encore une sale nuit. Le lion du zoo me regardait fixement, assis devant moi. Il ne bougeait pas, ne faisait aucun bruit. Je crois même qu'il ne battait pas des paupières et qu'à aucun moment je n'ai vu de muscle remuer. Sa crinière elle aussi restait immobile, comme s'il n'y avait pas le moindre mouvement d'air. Une véritable statue. Et moi, plus le temps passait, moins je me sentais à l'aise. Ce regard semblait me juger, sans haine ou rancune, mais sans aucune bienveillance non plus. Bon sang, je ne sais pas ce que je lui ai fait, il y a au moins quinze ans que je n'ai pas mis les pieds dans un zoo ! De toute manière, je ne vois pas pourquoi j'y aurais vu celui-là précisément. Ni pourquoi il se souviendrait de moi.
Mais qu'est-ce que je raconte ? C'était une affiche, rien de plus. Mon front est brûlant, je dois avoir de la fièvre et c'est pour ça que j'ai un peu cauchemardé. Ma plaie a une sale tronche, je trouve. Connerie de chat ! Pendant que je flânais sur les berges du canal Saint-Martin, hier, j'étais parti dans mes pensées et je ne l'ai pas vu à temps. Un européen bien banal, le chat de gouttière typique. Sauf qu'il est venu se cogner contre mes pieds et que je l'ai envoyé bouler. Pas loin, quelques centimètres tout au plus, mais il n'a pas aimé et ses griffes m'ont offert une jolie déchirure sur le devant de la jambe. J'ai désinfecté et mis un gros pansement pour la nuit, mais ce matin c'est tout moche. Le bord des balafres est rouge, il y a un peu de pus au milieu de chaque et ça suinte. Je passe au toilettes, puis je refais un pansement tout neuf. Si c'est toujours comme ça demain matin, j'irai voir un médecin.
J'avais envisagé de visiter le zoo de Vincennes, mais après réflexion je vais laisser tomber. Déjà après l'Afrique ça doit paraître tout fade, des animaux sous cage. Ensuite, je ne suis pas trop fan, je pense qu'ils sont mieux chez eux. Et surtout, je n'ai pas envie de voir la tronche de l'autre con. Il m'a regardé toute la nuit, je ne vais pas en plus me le farcir dans la journée. Je vais plutôt me faire le Louvre : à force de dire que c'est pour les touristes, je n'y ai jamais mis les pieds.

Bon sang, que c'est ennuyeux. J'ai toujours aimé les musées, mais celui-ci ne me parle vraiment pas. Peut-être parce que ça ne vaut pas l'Afrique. Ou parce que je n'ai pas vraiment la tête à ça. Il y a du monde, mais pas trop, ça reste raisonnable. Mais les croûtes défilent, les unes après les autres. Et ce bruit, c'est pénible. Depuis quelques minutes, il y a une espèce de grondement. Personne ne semble gêné, c'est peut-être normal, genre le bruit de la clim. Tiens, c'est quoi ça ? Tête de lion, par Géricault. Un félin de profil, plutôt bien fichu. Il regarde droit devant lui, mais on a aussi l'impression que l'œil est fixé sur nous. Si je bouge, il me suit. J'ai déjà vu cette technique chez pas mal de peintres, mais ça reste impressionnant.
La clim ne doit pas être bien loin, le bruit est de plus en plus fort. C'est un peu sourd, comme si c'était derrière le mur. Le lion continue à me fixer. J'ai reculé de deux pas et je me suis mis sur le côté, mais il m'a toujours dans le collimateur. Le mécanisme doit être dans le mur qui soutient le tableau, vu que c'était au plus fort quand je me trouvais devant. On pourrait presque croire que c'est le félin qui grogne.

Allez, pas la peine d'épiloguer. Le Louvre, je n'accroche pas, mieux vaut laisser tomber. Je reviendrai plus tard, peut-être avec quelqu'un. Justement, ma sœur doit passer à Noël, je l'emmènerai avec ses gosses. D'ici là, fini pour moi, je me casse. D'ailleurs il fait trop chaud, même avec leur clim. Pas la peine de la laisser faire tout ce barouf si elle ne sert à rien.
Je sors du musée et marche un peu au hasard. Midi approche, je n'ai pas envie de préparer un repas, je vais plutôt jouer les touristes et me faire un restau. Au bout de quelques rues, j'en déniche un qui a l'air sympa, dans un style bouchon lyonnais. Une petite pause me fera du bien, ma jambe me fait mal et marcher ne doit rien arranger.
Une serveuse m'apporte une carte, j'en profite pour lui demander un pastis puis j'ouvre le menu. La dame, encore en train de noter mon apéro, émet une sorte crachotis bizarre, comme un souffle plein de salive. Je lève la tête, surpris, mais elle regarde à mes pieds. Une boule de poil hérissés se tient là, toutes griffes dehors. Apparemment, le bruit venait plutôt de cette direction.
"Toto, arrête !
— Il s'appelle Toto, votre chat ?
—En fait il n'a pas de nom. Il n'est pas à nous, mais il a pris l'habitude de passer ses journées dans le restaurant. On a fini par l'appeler Toto, mais il s'en fout vu qu'il n'obéit jamais."
Ben tiens, tu m'étonnes, un chat qui n'obéit pas. N'empêche que pour le moment, le Toto est occupé à me râler dessus. Il montre les dents et on voit bien qu'il prend son élan, comme s'il allait me sauter à la figure.
"Je suis navrée Monsieur, d'habitude il n'est pas comme ça !
— Euh, j'ai une blessure à la jambe, c'est peut-être ça qui l'excite.
—Possible, oui. Attendez, je vais chercher un truc pour le virer."
Elle s'éloigne, tandis que le greffier continue son petit manège. Au moment où elle revient, un balai à la main, il bondit vers moi. Elle a juste le temps de lui donner un coup avec la brosse avant qu'il ne m'arrive sur les genoux. Un peu sonné, il pousse un cri mi-miaulement mi-rugissement puis il se barre en courant. Elle le suit à la même vitesse puis revient au bout d'une minute environ.
"Je l'ai enfermé, vous serez tranquille. Désolée, je ne sais pas du tout ce qui lui a pris. Normalement c'est un bon gros pépère bien tranquille, genre flemmard qui passe sa journée à dormir.
— Ouais, bon, y a pas de dégât, c'est l'essentiel. Mais assurez-vous que personne ne le libère, ça m'arrangerait !
—J'ai prévenu en cuisine, il est dans la partie privée et tout le monde fera attention. Je vais vous chercher votre pastis. Et c'est la maison qui offre, pour nous faire pardonner.
—Ah c'est gentil, merci !"
Le repas se déroule sans encombre. Après un confit de canard, une charlotte aux framboises et un café, je paie en laissant deux euros de plus et je m'en vais. Toto n'a pas réapparu, à mon grand soulagement.

Ma jambe continue à me faire mal. J'ai profité des toilettes du restau pour vérifier le pansement, il tient encore mais je vais devoir le changer ce soir. La plaie est toujours aussi rouge mais suppure un peu plus. Et puis j'ai mal au crâne, un peu comme si on me serrait dans un étau.
J'aurais dû prendre mes lunettes de soleil, il y a un bon cagnard et j'ai les yeux qui morflent. Je marche en regardant par terre pour limiter les dégâts, mais ça n'améliore pas grand-chose. Je continue tout de même ma  promenade, pas envie de m'enfermer chez moi, malgré la douleur à la jambe. Près du forum des Halles, je tombe sur un groupe de punks à chien. Ils me regardent un instant puis passent à autre chose, chacun avec une canette de bière à la main. Leurs clébards, en revanche, me suivent du regard et l'un d'entre eux se met à gronder.
"Kipu, ta gueule !
—Laissez tomber, apparemment c'est pas mon jour.
—Hein ?
—Je me suis presque fait bouffer par un chat tout à l'heure, maintenant c'est un cabot qui me cherche des crosses.
—T'as eu peur d'un chat, mec ? Sans dec', tu l'as pris pour un lion ?"
Ses potes se marrent avec lui pendant que je m'esquive. Pour un lion, il a dit. Un chat hier, un autre aujourd'hui. Les affiches à l'aéroport. Le tableau au musée. Bon sang, le bruit de la clim, on aurait vraiment dit un lion. C'est quoi ce délire ? Et ce soleil, merde ! Ça tape comme en Tanzanie. Fait trop chaud, je préfère me rentrer en fin de compte. Ou bien je vais me faire un ciné, ça m'occupera. Mais est-ce que j'arriverai à profiter d'un film avec ma jambe qui me lance comme ça ?

Nants ingonyama bagithi baba
Sithi uhhmm ingonyama

Nants ingonyama bagithi baba
Sithi uhhmm ingonyama
Ingonyama

Siyo Nqoba
Ingonyama
Ingonyama nengw' enamabala
Au matin de ta vie sur la planète —

Une sonnerie de portable ! Qui a eu l'idée de mettre le Roi Lion sur son téléphone ? Un gars type jeune cadre décroche et commence à parler. Je m'éloigne dans une autre direction, le bruit a ravivé mon mal de crâne.
Il faut que je trouve un ciné avec un film sympa. Sauf que je n'ai pas trop envie, en réalité. Ce qui me ferait du bien, ce serait un peu de sommeil. Mais du vrai, réparateur, pas un truc qui m'assomme encore plus. Allez, je vais tout de même marcher encore un peu, c'est bon pour la santé. D'ailleurs je n'ai pas mangé assez de légumes aujourd'hui. Euh, qu'est-ce que je raconte, moi ? Je perds un peu le fil de mes pensées. Où en étais-je ? Ah oui, marcher. Direction les Buttes Chaumont, ça me fera du vert.

Merde merde merde merde merde, con de chat ! Je passais sous un arbre quand une furie à quatre pattes m'est tombée dessus griffes en avant. J'ai du sang plein les yeux, j'ai du mal à voir devant moi à cause de ça. Une dame m'a passé un mouchoir en papier, mais ça saigne toujours. Normal, vu qu'il y a trois balafres bien rouges. Je m'en suis rendu compte en utilisant la caméra de mon smartphone, je voulais vraiment savoir quelle tronche j'avais. Et vu la tête de la dame, elle a sûrement cru que j'allais prendre un selfie ! J'imagine un peu la scène de son point de vue : le type qui dégouline de sang et qui pense avant tout à prendre une photo. Bon, elle est où cette pharmacie ? On m'en a indiqué une, je pourrai trouver du désinfectant et un pansement. Ah, voilà, une croix verte allumée, j'y vais.
On me regarde d'un drôle d'air. Ils doivent avoir l'habitude des accidentés, pourtant. Allez, je chope un spray antiseptique et une boîte de sparadraps. Le pharmacien est sympa, il me propose de passer dans la réserve, où il pourra s'occuper de moi. C'est beau, le sens du service !
Me voilà tout propre maintenant, avec deux gros adhésifs sur le crâne. En sortant de l'arrière-boutique, je me trouve nez à nez avec un chat tout hérissé. Le patron le vire avant d'encaisser mon paiement, puis je sors. Cette fois-ci, pas d'improvisation, je retourne chez moi. Un après-midi lecture, ça vaut mieux que des ennuis pendant une balade.
En chemin, je rumine un peu. C'est bizarre, tout ces chats hyper agressifs. Ça plus les portraits de lion un peu partout et l'espèce de bruit de clim au Louvre. On dirait un complot félin contre moi, ou alors j'ai une odeur qui les énerve. Les chats sont très sensibles, parait-il. Si ça se trouve, j'ai ramené un truc d'Afrique et ils le sentent. Oui, mais le clebs ? Il était tranquille avec ses punks quand il m'a grogné dessus et je suis à peu près sûr qu'il n'y avait pas de chat avec eux. Il a peut-être capté leur odeur. Je n'y comprends rien, à tout ça ! Je vais passer vite fait à la superette pour avoir à manger ce soir puis je finirai la journée avec un bouquin puis la télé. Pas envie de ressortir, Paris ne me réussit pas aujourd'hui.

Mal dormi. Pas beaucoup et mal. J'ai revu l'accident plusieurs fois, celui où j'ai cogné un lionceau avec la voiture. Il y avait tout de même une différence : le point de vue extérieur. Comme si je m'étais trouvé dans la tête d'un spectateur. Je me suis vu au volant, la lionne est arrivée, puis l'embardée et le choc. Juste à côté, l'autre lionceau me fixait. Il a gardé ses yeux sur moi pendant que ma Rover s'éloignait. L'expression sur son visage était intense, mais indéchiffrable. Une pensée lui emplissait l'esprit, en rapport avec moi, mais impossible de savoir laquelle. Sauf que j'ai fini par comprendre : du reproche. Il m'en voulait. Normal, je venais de buter son frangin. Mais je n'avais pas fait exprès, bon sang ! Alors quoi ? On parle toujours de l'Afrique comme d'une terre mystérieuse, pleine de magie. Des conneries ! Et personne ne l'a su, donc aucun sorcier ne m'a envoûté ou quoi que ce soit. Sauf le lionceau.
Mince, ce serait ça ? Mais non, c'est du délire ! Et j'ai mal au crâne. Déjà pris deux comprimés alors que je ne suis levé que depuis une heure. J'en reprendrais bien, mais il faut éviter le surdosage. Bon, je récapitule.
Depuis cette histoire, j'ai des ennuis avec des chats. Et aussi avec des chiens, il y en a quatre ou cinq qui m'ont râlé dessus hier, pendant que je revenais à l'appartement. Des animaux. Mais qui font quoi ? Je veux dire, j'ai quoi de spécial ? Et l'autre, là le lion du zoo de Vincennes. Je le vois à chaque fois que je ferme les yeux. Il y a des affiches partout dans Paname, j'en ai croisé plein hier. Il y en a même une en bas de chez moi, je la vois d'ici, à ma fenêtre. Il me regarde. Bon sang, j'ai mal au crâne ! Et ce bruit ! On dirait un feulement, pas assez fort pour être un rugissement, mais pas loin. Et il me fixe toujours, depuis son panneau. Même si je me tourne, je sais qu'il est là. Il me guette, il m'attend. Putain, je ne vais pas rester comme ça, je dois réagir. Tu me veux, connard ? Tu vas m'avoir ! C'est entre toi et moi, mon pote, faudra pas chialer !
* * *
Zoo de Vincennes. Un individu d'une trentaine d'années a réussi à pénétrer dans l'enclos aux fauves, armé d'une batte de base-ball. Il a sauvagement frappé un lion endormi. Le félin a aussitôt riposté et il a fallu deux gardiens pour le calmer et sortir le cadavre de son agresseur.
* * *
Loin de là, au Serengeti, la meute dormait, écrasée par la chaleur. Une grande lionne dressa soudain la tête vers le Nord-Est, tendue. Puis elle poussa un long soupir et reposa son museau entre ses pattes. Sa fille, allongée près d'elle, se tourna dans son sommeil. Son frère était vengé.

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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Lun 28 Juil - 20:49

Merci pour le partage de ce texte Fred !

Malheureusement, sur moi, il n'a pas vraiment fonctionné. Bon évidemment, à part une faute de frappe copiée plus bas, je n'ai rien à redire sur l'orthographe, c'est toujours nickel.
Par contre, j'ai beaucoup de soucis avec le rendu de ton texte malgré ce que l'on pouvait en attendre.
Tu décris ici la montée en puissance d'une angoisse, qui pourrait avant la chute être assimilée à de la paranoïa... Pourtant, j'ai trouvé l'enchaînement des événements très froid. Ton protagoniste, souffrant à la suite de sa blessure, harcelé à longueur de journées, voit grimper ses peurs, ses questions, sa fatigue, sa douleur... Pourtant, cela ne transparaît pas dans le texte. Alors que son exaspération aurait dû monter crescendo jusqu'au craquage finale, je n'ai pas vu d'évolution assez subtile au fil de ton texte. Jusqu'à la fin, j'ai plutôt eu l'impression de lire une liste rapportée de façon assez mécanique, parfois un peu lourde. Du coup, finalement, alors que j'aurais aimé partager et ressentir l'angoisse croissante du personnage, j'ai fini par être plutôt lassé. Et c'est dommage, parce que l'idée de base était excellente et pleine de potentiel.

Je rebondis sur la lourdeur dont je parlais pour rapporter un dernier élément qui m'a chiffonné. L'ensemble du texte est plein de petites réflexions et détails qui, utilisés avec modération, permettent au lecteur de se plonger dans le quotidien du protagoniste, et donc dans son histoire. J'ai trouvé que tu en abusais un peu ici. A nouveau, tu enchaînes les événements assez mécaniquement et partage trop de pensées parfois inutiles de ton personnage.

Je cite ce passage pour exemple :

"Je laisse la valise dans un coin, je rangerai ça cet après-midi ou demain. Encore quelques jours avant de reprendre le boulot, donc rien ne presse."

Ce n'est qu'un parmi tant d'autres. Mais ton texte, déjà très dense, mériterait d'être allégé d'informations comme le projet de ranger une valise le jour suivant, ou le surlendemain. Je pense que tu gagnerais en fluidité.

Toutes mes excuses si ce commentaire n'était pas très flatteur. Mais comme je le dis toujours, cet avis n'engage que moi. Ceci n'était que mon humble ressenti Smile

***

"Leur regard me transperçait comme des couteaux et la réprobation que se sentais m'écrasait et me tassait au fond de mon siège."
> ... que JE sentais ?


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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Mar 29 Juil - 10:44

Azraël a écrit:
Toutes mes excuses si ce commentaire n'était pas très flatteur.
Je poste pour recevoir des avis, pas des compliments, donc aucun souci. Wink
Tu es la troisième personne à lire ce texte et vous êtres unanimes : j'ai raté mon ambiance. Que les trois ressentis soient identiques est une bonne chose pour moi, parce que je sais ce que je dois retravailler. ^^

Merci pour toutes ces remarques ! Smile

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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Mar 29 Juil - 16:46

Alors si tu comptes le retravailler n'hésite pas à poster la deuxième version ! Smile

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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Mar 29 Juil - 16:53

Azraël a écrit:
Alors si tu comptes le retravailler n'hésite pas à poster la deuxième version ! Smile
Je ne sais pas. Je vois ce qu'il y a à retravailler, mais texte après texte je me rends compte que je ne sais plus écrire comme avant. Deux ans et demi de harcèlement au boulot m'ont fortement changé et semblent avoir brisé la capacité d'écriture. Je n'écris quasiment plus rien et tout ce que je sors tombe à côté de la plaque.
Je n'ai pas encore réussi à en faire mon deuil, mais en réalité je doute de réussir à écrire à nouveau un jour. ^^

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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Mar 29 Juil - 17:47

J'imagine bien que dans ces cas là il est compliqué de s'accrocher mais j'espère sincèrement que tu y arriveras et parviendra à dépasser ce qui t'es arrivé pour reprendre la plume. Pour avoir découvert quelques uns de tes textes, je sais que ton imagination en vaut la peine Smile

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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Mar 29 Juil - 23:46

L'imagination est là, en fait. Et l'envie aussi. C'est juste la qualité qui ne suit pas.
Je n'arrive pas à vraiment laisser tomber et tourner la page, alors je continue à y penser et je ne force pas, ça viendra en son temps. ^^

Ceci dit, si quelqu'un se sent l'envie de se lancer avec moi sur un projet SF sérieux, je suis ouvert aux propositions. J'ai l'histoire en tête, avec suffisamment de place pour des idées supplémentaires.

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MessageSujet: Re: La Roue Tourne   Mer 30 Juil - 0:43

Et bien je compte sur toi pour t'y tenir et ne pas lâcher alors !

Pour ma part je me consacre à un nouveau projet de livre fantasy jeunesse mais pour ton projet, en tout cas, l'appel est lancé ! Smile

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